Une science  
  récente  
  Des méthodes  
  rigoureuses  
  Le chaînon  
  manquant  
  Etre  
  heureux  


Le Bonheur sous la loupe des chercheurs

La psychologie positive et la pensée positive, si elles partagent l'adjectif "positif", n'en demeurent pas moins différentes autant par leurs méthodes que leur finalité.
La psychologie positive, dans ses aspects pratiques, indique comment augmenter le bien-être subjectif, ou bonheur. Pour cela, elle invite à mettre l'accent sur l'APPRECIATION des bienfaits de l'existence, par exemple au moyen de l'esprit de gratitude ou la pleine conscience.
La pensée positive, quant à elle, invite à oeuvrer à la réalisation de souhaits et à l'amélioration concrètes des conditions de vie. Il s'agit clairement d'une approche centrée sur la MOBILISATION des ressources et la MOTIVATION, stimulées par exemple par des interprétations positives, de l'autosuggestion ou des visualisations.

Une science récente

« La psychologie positive est la réflexion scientifique sur le fonctionnement humain optimal. »
Manifeste de psychologie positive, 1999.

La psychologie positive est une discipline assez récente de la psychologie. Sa constitution en branche d’études universitaires et son appellation officielle datent de la fin des années 1990, lorsque des chercheurs décidèrent de s’intéresser non plus aux problèmes et autres troubles psychiques, mais spécifiquement au bien-être, aux émotions agréables et aux ressources des individus. C’est à Martin Seligman, spécialiste de la dépression réputé au niveau international, alors président de la prestigieuse Association Américaine de Psychologie, que revient la paternité de la psychologie positive, suite à l’énoncé d’un discours fondateur en 1998.

Martin Seligman
Martin
Seligman

Depuis lors, elle s'est imposée autant comme discipline académique que comme intérêt du grand public, notamment dans le champ du développement personnel.

Quelques auteurs incontournables de la psychologie positive : (dans l'ordre des images) Tal Ben-Sahar, Mihály Csíkszentmihályi, Sonja Lyubomirsky, Barbara Fredrickson...

Tal Ben-Sahar Tal Ben-Sahar Tal Ben-Sahar Tal Ben-Sahar

Il existe de très nombreux livres de psychologie positive à l'heure actuelle. Certains sont spécialisés, par exemple ceux de Mihály Csíkszentmihályi (traitant du flow) ou ceux de Martin Seligman (traitant de l'optimisme). D'autres sont plus généralistes, par exemple :

Tal Ben-Sahar

Attention : Beaucoup se référèrent à la psychologie positive, mais ne présentent pas explicitement les sources sur lesquelles ils s'appuient.

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Des méthodes rigoureuses

La démarche scientifique, à laquelle se rattache la psychologie positive, respecte une méthodologie rigoureuse. Lorsqu’une hypothèse est émise, une expérimentation doit être mise sur pied pour la vérifier ou l’infirmer. Celle-ci nécessite la création de plusieurs groupes de sujets, eux-mêmes sélectionnés sur la base de caractéristiques les rendant égaux, ou équivalents : rien ne devrait permettre de différencier les deux groupes avant l’expérience. On attribue ensuite au hasard à ces groupes des consignes ou un traitement différent, sans que le praticien ne soit au courant du but de l’expérimentation. Comme ni les sujets, ni les expérimentateurs impliqués directement ne sont au courant du détail de la procédure, celle-ci a été nommée « double aveugle ». C’est du reste le passage obligé à l’heure actuelle pour valider l’efficacité d’un nouveau médicament avant sa mise sur le marché. Les patients traités avec la molécule testée doivent manifester des améliorations significatives par rapport au groupe traité avec un placebo, c’est-à-dire une substance sans principe actif (du sucre par exemple).

La psychologie positive tente de monter des expérimentations pour valider de façon empirique ses hypothèses. Une telle démarche n’est toutefois pas toujours applicable. Pour mesurer l’influence du revenu sur le bonheur des gens, il est difficilement envisageable de sélectionner à l’avance des personnes et de s’arranger pour contrôler artificiellement leurs revenus. On se rabat alors sur des études dites corrélationnelles : on enregistre les données pertinentes d’un grand nombre de sujets, qu’on livre ensuite à des calculs statistiques permettant de conclure à une relation plus ou moins forte entre eux. Ainsi, si l’on remarquait que le bonheur manifesté augmente en fonction du revenu pour les membres de l’échantillon, on en conclurait que l’argent fait effectivement le bonheur.

Les études corrélationnelles sont évidemment moins contraignantes à réaliser que les expérimentations, où tous les paramètres importants doivent être sous contrôle. Ce dernier point permet de comprendre pourquoi leurs résultats sont moins valorisés par les scientifiques. De plus, une corrélation statistique ne donne pas encore d’indications sur les causes des phénomènes observés. Il est évident, par exemple, qu’il existe une forte corrélation géographique entre les maladies et le lieu de l’hôpital : on retrouve bien plus de personnes malades dans un hôpital que dans le reste des régions habitées. Pourtant, il ne viendrait à l’idée de personne de conclure que c’est parce que l’on se rend à l’hôpital que l’on tombe malade…

Que l’on opte pour une méthodologie ou une autre, un élément crucial des recherches en psychologie réside dans l’objectivité des données avec lesquelles on travaille. Or, quoi de plus subjectif que ce qui intéresse les psychologues : comment mesurer le bonheur, la satisfaction, ou le mal-être ? C’est pourquoi des instruments sont utilisés : tests et questionnaires tentent d’objectiver, et surtout de rendre comparables, des variables aussi subjectives que celles qui concernent la vie psychique des gens. En posant les même questions, en limitant le choix de réponses à des catégories fortement spécifiées, par exemple des fréquences (toujours, souvent, rarement, jamais), ces instruments permettent d’obtenir des données plus fiables.

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Le chaînon manquant

Les tenants de la psychologie positive se méfient généralement de la pensée positive. Car si la pensée positive apparaît effectivement dans le champ d’investigation de la psychologie positive, le rapprochement s’arrête là. Ces deux domaines se fondent sur des présupposés qui n’ont, in fine, rien en commun.

Nourrissant des liens étroits avec l’ésotérisme et la spiritualité New Age, les adeptes de la pensée positive affirment que la pensée est une énergie et que, comme toute forme d’énergie, celle-ci cause des effets concrets dans la réalité, allant jusqu’à pouvoir se matérialiser. L’analogie avec les ondes électromagnétiques est souvent évoquée : la pensée est une vibration, exactement comme la matière serait une vibration « ralentie » ou « dense ». Des concepts issus de la physique quantique sont régulièrement appelés à la rescousse ou utilisés comme alibis pour appuyer cette thèse.

Pour les adeptes de la pensée positive, les pensées que l'on entretient dans le secret de notre esprit finissent par se matérialiser dans la réalité. Par exemple, celui qui pense souvent à la maladie et qui redoute de perdre la santé prépare le terrain aux déséquilibres au sein de son organisme : il crée en quelque sorte la maladie qui va l’accabler. De même, celui qui se répète à longueur de journée que personne ne l’aime façonne un avenir de rejet et de solitude. D’où l’injonction à soigner le type de pensées que l'on alimente : penser positivement amène du positif dans l’existence, alors que penser négativement attire du négatif.

La pensée positive 2.0, fondée sur des résultats scientifques, représente donc le chaînon manquant entre la pensée positive classique et la psychologie positive.

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Etre heureux

Parmi toutes les découvertes de la psychologie positive, l'une des plus instructives porte sur ce qui freine le bien-être subjectif chez les gens. Il s'agit d'un mécanisme baptisé : adaptation hédonique. Ce mécanisme inscrit dans notre cerveau nous amène à éprouver de moins en moins de plaisir au fil du temps par rapport à un même déclencheur (stimulus). C'est le phénomène d'accoutumance qui pousse les personnes atteintes de toxico-dépendance à devoir consommé toujours plus de substances pour ressentir le même effet. Ou encore : la même dose produit de moins en moins d'effets.

C'est identique en ce qui concerne le plaisir : la même situation nous procure de moins en moins de plaisir au fil du temps. Ce qui signifie qu'une fois un désir réalisé, notre satisfaction va progressivement décroître... jusqu'à l'apparition d'un autre désir à combler.

En clair, le bonheur ne se gagne pas en satisfaisant nos moindres désirs, mais en apprenant à contrer l'adaptation hédonique, c'est-à-dire en appréciant tous les bienfaits qui jalonnent notre vie. C'est la raison pour laquelle la pensée positive 2.0 ne met pas l'accent principal sur la satisfaction de tous nos souhaits.

La psychologie positive a mené de nombreuses études sur les facteurs du bonheur. Après analyse de milliers de données, elle a identifié que :

  • l’argent ne fait pas autant le bonheur que l’on croit (les gens surévaluent le bonheur conféré par les hauts revenus et la fortune, en particulier celle qui provient d’un jeu de hasard),
  • le statut social et la position dans la l’échelle socio-professionnelle ne sont pas liés au bonheur,
  • la beauté et la célébrité ne procurent pas de bonheur durable,
  • la santé n’est pas une condition sine qua non pour être heureux.

Ce qui alimente vraiment et durablement le bonheur :

  • des relations sociales nourries, en particulier avec un partenaire amoureux, la famille et les amis intimes,
  • des activités, notamment professionnelles, qui ont du sens et qui procurent du plaisir.

La psychologie positive a mis en évidence que le bonheur et la satisfaction sont avant tout question d’attitude personnelle, et que les événements extérieurs ont somme toute moins d’importance que généralement supposé.

L'antidote à l'adaptation hédonique se trouve dans l'esprit de gratitude : être capable d'éprouver de la reconnaissance pour tout ce que l'on a est un excellent moyen d'augmenter son bonheur. Quelle chance d'être valide, d'avoir un toit, à manger, de vivre dans une société démocratique, de bénéficier d'eau courante, etc.

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